Interwiew d’Anne-Marie Brunet, présidente de l’association Croix de Sable, qui travaille à la valorisation du Château de Champtocé.
Présentez l’association Croix de Sable et son lien avec le Château de Champtocé.
Je suis la présidente de l’association et un des membres fondateurs de l’association Croix de Sable.
L’association Croix de Sable a été fondée en décembre 2000 par un petit groupe de passionnés d’histoire. Elle travaille pour la préservation et la promotion du patrimoine champtocéen avec un intérêt particulier pour son emblématique château, lieu de naissance de Gilles de Laval, Baron de Rais.
Aujourd’hui l’importance patrimoniale du site est, sans aucun doute, remarquable.
Il fait partie intégrante de notre Histoire de France, grâce à ses illustres propriétaires dont notamment Gilles de Rais (1404-1440) né à Champtocé où il vécut son enfance sous la tutelle de son grand-père Jean de Craon. Compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, il permit à Charles VII de monter sur le trône de France, après la bataille d’Orléans. Il fut le plus jeune Maréchal de France (25 ans) avec le privilège d’ourler son blason de « fleur de lis sur champ d’azur ». Il eut l’honneur d’être un des « otages de la sainte ampoule » lors du sacre de Charles VII à Reims (1429). Il fut célèbre, également pour ses excès, son procès et son comportement exemplaire lors de son exécution à Nantes en 1440. Le lieu de son supplice devint un lieu de pèlerinage.
La bonne conservation du bâti architectural dont les vestiges les mieux conservés (XIIIème siècle) de cette forteresse médiévale sont d’un intérêt majeur. Comment ne pas être attiré par cet édifice monumental avec sa tour éventrée, à l’entrée de notre bourg !
Le Château de Champtocé est un axe permettant de mettre en synergie les communes de la Communauté de Communes du Loire Layon Aubance. Le site est une opportunité pour une action éducative.
La commune a la chance de posséder de nombreux vestiges historiques, qui sont dignes d’intérêt, mais au fil des années nous nous sommes focalisés sur le château, son histoire, les aménagements des abords et nous travaillons principalement sur la période du XVème siècle qui a vu naître Gilles de Rais. La tâche est immense !
Beaucoup de personnes nous demandent pourquoi Croix de Sable ? C’est tout simplement en rapport avec le blason de Gilles de Rais : une croix noire sur fond or. En terme héraldique, le noir devient « sable ».
Actuellement l’association regroupe une cinquantaine d’adhérents dont une trentaine d’actifs de tous âges motivés et toujours présents. Sans eux rien ne serait possible. Nous prenons énormément de plaisir à nous retrouver lors de nos journées de travail.
Nous travaillons également en étroite collaboration avec la commune de Champtocé propriétaire du château.
Le Château de Champtocé avant les travaux de 2018.
Le Château de Champtocé après les travaux de restauration.
Quelles sont les actions menées par l’association pour sauvegarder le patrimoine local et le faire vivre ?
En 24 ans d’existence les actions ont été nombreuses. Depuis le début des années 2000 et tous les ans nous effectuons le nettoyage et le débroussaillage intérieur et extérieur du château, la nature reprend vite ses droits.
Jusqu’en 2017, toutes nos actions se faisaient principalement à l’extérieur du château puisque la sécurisation du château n’était pas optimale. Nous avons, entre autres, la liste est longue : organisé des banquets médiévaux avec animations au Parc des Airies, nettoyé la Croix Saint-Martin (2013), identifié une maison-forte datant de la fin du XIIème siècle dans le nord de la commune (2015), inauguré une stèle commémorant le 600ème anniversaire de la naissance de Gilles de Rais, en partenariat avec la mairie de Champtocé (2004), organisé l’exposition archéologique « Mémoires retrouvées » avec la participation des associations du Marillais, de la Pommeraye et de Montjean (2014). Nous avons également fait une étude avec transcription des archives du Vauboisseau, collecté des informations et interviewé des anciens de Champtocé pour l’écriture de nos deux livres « petites histoires illustrées du bourg » et « petites histoires illustrées du château médiéval », toujours en vente dans les commerces de Champtocé.
Après des travaux de réfection, consolidation des murailles (2010), mise en sécurité du châtelet et de la grande tour (2017) le château ouvre ses portes au public en 2018. A présent, le château est accessible, ponctuellement, lors des Journées Européennes du Patrimoine. Les visiteurs y découvrent la vie quotidienne et militaire au Moyen-Age à travers les explications sur la cuisine, le travail de la laine et du cuir ou l’art de la calligraphie, des démonstrations de tirs de trait à poudre et de trébuchet etc… Nous invitons régulièrement d’autres troupes médiévales, des escrimeurs et des musiciens. Nous exportons également notre camp médiéval dans d’autres communes. Nous organisons depuis trois ans un marché de Noël dans l’enceinte du château avec une quarantaine de commerçants et artisans. A chaque fête le public répond présent, nous sentons vraiment le bonheur des gens à venir partager et se réapproprier ce lieu chargé de souvenirs.
La Municipalité a lancé une étude de faisabilité pour la réfection du pont permettant l’accès à la cour du château. Une fois les financements obtenus, les travaux devraient commencer courant 2025.
L’association a quant à elle, d’autres projets pour la sécurisation de l’escalier Sud-Est qui permettrait ensuite son accès pour les visites des salles souterraines qui sont superbes, mais interdites, pour l’instant, au public. Le budget est très important. Le dossier d’étude doit être validé par « les Bâtiments de France », la mairie et obtenir le financement. Nous aimerions tenter notre chance en posant notre candidature au « Loto du patrimoine ».
Affaire à suivre…
C’est un projet à long terme qui, nous espérons, verra le jour !!
La transmission, c’est important pour vous ?
La transmission, ça fait partie de l’ADN de notre association. Toutes nos recherches, actions, animations n’ont qu’un but : expliquer à tous les visiteurs les conditions de vie au Moyen-Age et faire revivre ce château.
Prendre conscience et connaître son passé en se plongeant dans la grande Histoire, s’est pouvoir s’ancrer dans le présent pour mieux appréhender l’avenir.
Pouvez-vous nous parler du château de Champtocé, de son histoire à aujourd’hui ?
Ce château fut beaucoup disputé. Il occupait une place stratégique à la limite de l’Anjou et de la Bretagne, maillon important du réseau de forteresses françaises des marches de Bretagne au XVème siècle. La Loire au pied du château occupait une place importante puisque les mariniers étaient obligés de s’arrêter aux péages rigoureux des Sires de Champtocé, et ses taxes étaient élevées.
La châtellenie de Champtocé remonte à la fin du Xe siècle. Elle appartenait à Foulques Nerra, comte d’Anjou et une citadelle y défendait déjà le passage de la Loire. Une charte de la Trinité de Vendôme nous apprend qu’il avait inféodé la terre à son forestier Orry, et qu’il l’en dépouilla par suite de forfaiture, pour la confier, dès les premières années de XIème siècle, à une famille de chevalerie qui prit le nom du fief, Hugues et Herbert de Champtocé. Les terres sont associées à celles de la commune voisine d’Ingrandes pour former une vaste seigneurie dont le siège se trouve à Champtocé.
En 1100, Tiphaine de Champtocé surnommée « l’anguille », fille de Hugues de Champtocé, porte la châtellenie dans la maison de Craon par son mariage avec Maurice de Craon. Cette puissante famille de l’Anjou resta alors propriétaire des lieux durant près de trois siècles au cours desquels sera bâti l’imposante forteresse qui représente la partie la plus ancienne des élévations actuelles (XIIIème siècle).
Placée à la limite du Duché de Bretagne et dépendant à l’origine du Comté d’Anjou, le château est une place forte d’importance lors des nombreuses guerres qui opposent la couronne de France aux héritiers de Foulques Nerra.
Henri II Plantagenêt, comte d’Anjou devient roi d’Angleterre en 1154 et détient également en France les territoires du Maine, de la Normandie, du Poitou, de l’Aquitaine… En 1204, Philippe Auguste annexe l’Anjou et s’assure la fidélité des seigneurs locaux. Amaury de Craon, sénéchal D’Anjou, fait ainsi serment en 1211 de garder fidèlement la forteresse de Champtocé pour le service du Roi de France.
A la fin du XIVème siècle, Jeanne Chabot, dite la sage, descendante de la famille de Rais, et héritière du château de Champtocé, ne laisse aucune descendance. L’épineux problème d’héritage se résout par le mariage, en février 1404, de Marie de Craon, fille de Jean de Craon, avec Guy II de Laval, seigneur de Blaison et de Chemillé. Guy II de Laval, adopté par Jeanne Chabot, devient baron de Rais. Champtocé passe dans les mains des Laval. Le château de Champtocé devient la résidence des époux. A la fin de cette même année, naît Gilles de Rais, leur fils.
Celui-ci, vend Champtocé, dès 1435, au Duc de Bretagne, en dépit des protestations du roi de France et du roi René.
Le 1er septembre 1444, Jean V de Bretagne le confie à son fils cadet, Gilles et sa femme Françoise de Dinan. Gilles de Bretagne fut arrêté à Champtocé en juin 1446, accusé de trahison et de complicité avec les anglais, et étouffé sous l’ordre de son frère François II.
Le 23 juin 1458, le château fut rendu par le duc de Bretagne à l’amiral Prigent de Coëtivy, qui avait épousé Marie, la fille de Gilles de Rais.
Lors des guerres franco-bretonnes, Champtocé fut pris par les troupes françaises en 1465, 1468 et enfin le 21 juin 1472, Louis XI en fit raser la plus grande partie.
En 1483, François II duc de Bretagne donna Champtocé à son fils naturel, François Comte de Montfort qui mourut sans enfant.
Champtocé advint en héritage à Odet de Vertus.
Disputé pendant les guerres de religion, le château fut à nouveau démantelé par le duc de Mercoeur en 1591. Cependant il y avait encore une garnison en 1596, et le duc de Vendôme s’y réfugia en 1616. Le château était encore habité en 1656.
En 1704, la seigneurie fut adjugée judiciairement à Madeleine de Vaubrun, duchesse d’Estrées, et vendue en 1749 à Antoine Walsh de Serrant, dont les héritiers la conservèrent jusqu’au XIXe siècle.
Elle fut cédée à Monsieur de l’Etoile, puis à la famille de Fresnay. La seule tour du château encore debout et fendue du sommet à la base, a été consolidée par les monuments historiques en 1958. En 1972, Colette de Fresnay et Béatrice de Sécillon en devinrent les propriétaires.
Fin 2007, la commune de Champtocé en fait l’acquisition.
Parlez-nous du projet de potager médiéval
Tout commence par une idée, une passion pour l’histoire médiévale et le désir de créer un lieu unique. La municipalité met à disposition de l’association un terrain situé au pied du château. Les bénévoles quant à eux se plongent dans les livres d’histoire, les illustrations et les récits anciens pour donner vie à un projet authentique. Ils planifient la disposition du jardin en s’inspirant des styles de l’époque, tels que les jardins monastiques, les jardins de cour et les jardins de simples. Le choix des plantes joue un rôle essentiel pour la création de l’atmosphère médiévale. L’association se tourne donc logiquement vers les plants potagers, les plantes tinctoriales, les herbes médicinales, et les fleurs symboliques qui étaient couramment cultivées à l’époque. Les roses, les lys, les violettes, la camomille, la lavande, la sauge et bien d’autres plantes parfumées et utiles trouvent leur place dans ce jardin hors du temps.
Le projet élaboré, l’association a fait le choix de lancer un financement participatif. L’association étant reconnue d’intérêt général depuis 2022, elle peut délivrer des reçus permettant aux donateurs de bénéficier d’avantages fiscaux. Grâce aux nombreux dons de particuliers et entreprises locales, le jardin peut voir le jour. La municipalité nous aide en finançant l’engazonnement et la mise en place des allées. Les bénévoles ont ensuite pris le relais pour poser la palissade, installer les plessis. Nous avons également reçu des dons de particuliers et de pépinières pour les plantations. Les plants prennent progressivement leur place dans les différents carrés. Il faudra ensuite quelques années avant que le jardin soit complètement développé, mais les visiteurs peuvent bénéficier d’une visite guidée lors des Journées Européennes du Patrimoine. Nous pensons également inaugurer officiellement ce beau jardin médiéval en 2025 pour remercier la municipalité et nos généreux donateurs.
Quels sont les lieux et sites « coups de cœur » sur le territoire du Loire Layon Aubance, qu’ils soient naturels, patrimoniaux, touristiques ?
Il est difficile de faire un choix tant le territoire foisonne de sites intéressants.
Mon « coup de cœur » irait plutôt pour notre territoire naturel, nous avons la chance de vivre à proximité de la Loire classée au patrimoine de l’Unesco. Les paysages ligériens sont un enchantement à toutes les saisons et un fabuleux observatoire de la faune et de la flore.